15 avril 2010 ~ 0 Commentaire

Bernard Aubert : « 2013, je n’y crois pas trop »

Discussion à bâtons rompus avec Bernard Aubert, créateur et directeur artistique de la Fiesta des suds.

Publié par Sandro Piscopo-Reguieg le 10 octobre 2010
Bernard Aubert : « 2013, je n’y crois pas trop »

En 2014, la Fiesta déménage ?

Nous avons un contrat de location avec le Port autonome qui court jusqu’en 2014. Nous sommes en zone franche, ici, ce qui est intéressant à préciser. C’est peut-être pour ça que nous sommes plus tranquilles que d’autres structures ! Mais après 2014, on ne sait pas ce que deviendra le Dock des suds. Peut-être va-t-il disparaître…

 

Quels sont vos projets pour l’après Dock ?

Nous avons envie d’exploser la Fiesta dans toute la ville. Avec le Dock pour base, si c’est possible. Mais en investissant aussi 4 ou 5 lieux très marqués dans la ville, sur une quinzaine de jours. Alors on pense à la gare, au fort Saint-Nicolas, aux casernes de la friche la Belle de Mai, aux plages…

 

Vous y croyez ?

C’est tout le débat sur l’espace public à Marseille. Peut-on organiser quelque chose au fort Saint-Nicolas ? Ou à la gare Saint Charles ? Est-on capable de faire un événement comme la Merce de Barcelone ? Là-bas, on retrouve les mêmes jeunes aux événements folkloriques comme aux soirées branchées. C’est ce qu’on a envie de faire sur Marseille.

 

Mais avant, il y aura l’année Capitale…

Pour 2013, notre projet c’est « 13 villes, 13 ports, 13 lieux ». Des villes cousines de Marseille, comme Barcelone, Beyrouth, Dakar, Istanbul, Shanghai… Nous allons fédérer des lieux de ces villes là avec des lieux Marseillais. Il y a les lieux que j’ai cité, mais nous réfléchissons aussi à des endroits atypiques et étonnants comme les grandes citernes, sous le quartier du Panier… Un aspect secret de Marseille, qui peut nous correspondre. Mais il ne faut pas oublier les beaux sites de la ville, comme les plages. Il serait dommage de ne pas s’en servir en 2013…

 

De quelle manière ces villes étrangères entreraient en résonance avec Marseille ?

Par le jumelage de lieux musicaux. Et nous allons faire une programmation sur un mois. En octobre, toutes ces villes viendront ici et rendront hommage à Marseille. Il faut qu’on soit à la hauteur ! Qu’on propose des endroits et des lieux étonnants. Pour une capitale européenne de la culture, c’est la moindre des choses… quand on parle de la ville à des gens de Salvador de Bahia ou d’Istanbul, ils vivent Marseille comme quelque chose d’atypique et un peu fou.

 

A juste titre ?

Pour en avoir parlé avec des Brésiliens, des Africains, et d’autres, Marseille est, je pense, un grand mystère. Ils nous croient beaucoup plus grand que ce qu’on est. Ils pensent voir un mélange d’Istanbul et d’une ville chinoise où ça grouille dans tous les sens… Mais Marseille, ce n’est pas tout à fait ça ! C’est une ville assez frileuse, un grand village. Marseille a du potentiel mais des difficultés à l’exploiter…


Marseille-Provence 2013, vous y croyez ?

Il serait dommage qu’on rate cet événement. Ça serait vraiment idiot.

 

Pourquoi le raterait-on ?

Mais parce qu’on a l’habitude de rater les choses ici ! Marseille est structurée comme un village. L’équipe organisatrice de Marseille 2013 vient de l’extérieur. Elle va certainement faire un événement culturel, mais aura t-il une résonnance avec cette ville, hormis le fait de consommer des spectacles ? C’est le problème. Il ne faut pas oublier une chose : 2013, c’est Marseille, capitale européenne de la culture. Et pas la culture européenne venant se présenter à Marseille…

 

Pour vous, c’est donc la culture locale qui doit être mise en avant ?

Oui. Et j’ai l’impression que ça va être l’inverse. On aura des spécialistes qui vont venir faire un petit tour à Marseille puis repartiront, comme ils l’ont fait à Lille et ailleurs. Je reconnais que Bernard Latarjet(directeur général de Marseille-Provence 2013, ndlr) n’a pas la tache facile. Je lui dis bravo, car dans cette ville claniste et sa série de petits ducs et duchesses, ce n’est pas évident.

 

Vous n’êtes pas tendre avec Marseille, que vous qualifiez de « ville de projets virtuels et de maquettes »…

Oui. C’est une ville qui se projette toujours dans l’avenir. Et la liste des projets qui ne sont pas terminés s’allonge continuellement. Le Mucem, quand le verra t-on ? Le Silo, est ce bien ce qu’il fallait faire ? Il manque une grande salle d’exposition d’arts visuels à Marseille, ça aurait pu être le Silo. On parle du J1. Mais sera t-il fait ? Et n’est ce pas une façon de foutre en l’air le port ? Et ça m’embête un peu que ça soit par la culture, d’ailleurs… Cette ville est toujours en situation de projet.

 

On parle de 2013 comme le début d’un nouvel essor pour la ville…

Sincèrement, je n’y crois pas trop. Une équipe composée de gens qui viennent de l’extérieur – des spécialistes, dont je ne remets pas en cause les compétences – va venir plaquer des événements sur la ville. Il y a ce vieux complexe Marseillais. On a toujours tendance à refaire ce qui se fait déjà ailleurs au lieu d’avoir des propositions originales et nouvelles. J’ai beaucoup de sympathie pour Marsatac mais c’est un énième festival de musiques électroniques. Quand on va aux Trans Musicales de Rennes ou au Festival d’Avignon, on a affaire à des événements très marqués. C’est ça qu’il faut créer à Marseille. Des événements qui ressemblent à la ville. J’espère y être parvenu avec la Fiesta.

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