17 février 2010 ~ 0 Commentaire

Ruhr 2010 : de la mine à la culture

Pour la première fois, le territoire de la Capitale européenne de la culture s’étend à toute une région, la Ruhr, dans l’ouest de l’Allemagne qui partage cette année le label avec Pecs et Istanbul. Une région qui s’appuie sur son passé industriel pour valoriser son nouveau statut de métropole culturelle moderne. Après le miracle économique des années 50, la « nouvelle » Ruhr célèbre désormais son miracle culturel.

Publié par Alexandre Lévêque le 17 février 2010
Ruhr 2010 : de la mine à la culture
Des cheminées et des houillères qui fument, le charbon, l’acier : durant de nombreuses décennies, tels étaient les emblèmes de la Ruhr, la plus grande région industrielle d’Allemagne, située à l’ouest du pays, en Rhénanie du Nord – Westphalie. Un fief de mineurs et de sidérurgistes ayant subi de plein fouet la crise industrielle des années 60. Même si elle s’est rapidement reconvertie en métropole du secteur tertiaire, la Ruhr souffre toujours de son image de vaste friche industrielle encrassée par le soufre et la grisaille.

 

« Industriekultur ». Et voilà que cette agglomération de quelques 53 villes et 5,3 millions d’habitants devient tout à coup Capitale européenne de la culture, avec la ville d’Essen pour porte-drapeau. Comme Lille en 2004 ou Liverpool en 2008, Ruhr 2010 va profiter de l’aubaine pour démontrer au monde entier que, loin d’une zone sinistrée, la Ruhr est aujourd’hui l’une des régions les plus attractives d’Europe, véritable métropole culturelle moderne dont l’expansion s’est construite sur les ruines du passé. Usines désaffectées et zones industrielles abandonnées sont transformées en musées et lieux touristiques, de culture et de mémoire. En Allemagne, on appelle cela l’« Industriekultur ». Après 50 ans d’exploitation, la mine de charbon de Zollverein XII à Essen (classée au patrimoine mondial de l’Unesco), dernière houillère d’Allemagne fermée en 1986, a été reconvertie en un formidable complexe culturel accueillant, entre autres, l’école supérieur de design, des salles d’expositions, un centre de chorégraphie et un Musée de la Ruhr. C’est d’ailleurs là qu’a été célébré, le 9 janvier, le coup d’envoi de l’année Capitale, en présence du président de la République fédérale, Horst Köhle et de José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, venus souhaiter « Glück auf » (bonne chance) aux 100 000 visiteurs qui s’étaient déplacés pour l’événement malgré un froid glacial. « Glück auf », c’est aussi la manière dont se saluaient autrefois les mineurs…

 

« Le changement grâce à la culture ». Le géant se réveille, et la troisième agglomération urbaine d’Europe, après Londres et Paris veut afficher non sans fierté sa richesse culturelle : 100 salles de concert, 19 universités et établissements d’enseignement supérieur, 250 festivals, 1000 monuments industriels et 120 théâtres. Un renouveau résumé par la devise de Ruhr 2010 : « Le changement grâce à la culture – La culture grâce au changement » (« Wandel durch Kultur – Kultur durch Wandel »). Mais la Ruhr ne renie pas son passé industriel, omniprésent dans les festivités qui ponctueront l’année culturelle. En témoigne le projet « Schachtzeichen » (« Marque des puits ») : Du 22 au 27 mai 2010 plus de 400 ballons jaunes s’élèveront à 80m de hauteur. Ils marqueront les emplacements des anciens puits de minede toute la région, là où les tours d’extraction ont le plus souvent laissé place à des logements, centres commerciaux et autres parcs technologiques… L’idée est de montrer, grâce à cette installation artistique, l’histoire de l’exploitation minière et le changement structurel de la région.

Chorale monumentale et pique-nique géant. Ruhr 2010, c’est aussi 300 projets à travers quelques 2 500 événements. La région présentant la plus forte densité de théâtres au monde est sur les rangs : Six dramaturges européens concocteront une nouvelle version de l’Odyssée qui fera l’objet de 6 créations et sera jouée dans 6 théâtres en un seul week-end. Un autre moment fort de Ruhr 2010 sera la Biennale internationale d’art lumineux, qui aura lieu du 28 mars au 27 mai. Des œuvres seront montrées durant deux mois dans 60 maisons et appartements privés répartis dans plusieurs villes. 60 artistes de renommée internationale sont invités. Ruhr 2010 accorde aussi une place de choix aux grands rassemblements populaires dont les plus notables seront cette chorale monumentale rassemblant plus de 70 000 chanteurs ; ou le projet « Nature morte – A 40 », pique-nique géant, prévu le 18 juillet sur une portion de l’autoroute A 40, légendaire pour ses embouteillages, qui sera alors interdite à la circulation sur 60 km. 30 000 tables y seront installées et 5,3 millions de personnes seront conviées pour assister à des concerts, spectacles et évènements sportifs.

La culture comme moteur de requalification urbaine, de reconversions de friches industrielles, de développement économique et de rayonnement politique… Autant d’éléments qui ne sont pas sans nous rappeler le cas d’une Capitale européenne de la culture à venir, ayant elle aussi étendu son territoire à toute une région. En 2013, Marseille – Provence pourra elle aussi célébrer sa renaissance.

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