15 novembre 2009 ~ 0 Commentaire

Marseille 2013.org : une capitale virtuelle

Sur Marseille2013.org, on traite de l’actualité culturelle tout en donnant aux artistes la possibilité de proposer des projets pour 2013… Il ne s’agit pourtant pas du site officiel de la Capitale européenne de la culture ! Rencontre avec le graphiste belge Eric Pringels, « responsable » de ce piratage artistique.

Publié par Sandro Piscopo-Reguieg le 15 novembre 2009   dans la catégorie
Marseille 2013.org : une capitale virtuelle

11 septembre 2013. Une boule de feu s’écrase sur la tour CMA-CGM, plongeant le monde dans les ténèbres d’une apocalypse planétaire. Paco Rabanne et les Mayas l’avaient bien dit ! A Marseille capitale du chaos, les habitants sont reclus dans les grottes, caves et entrepôts frigorifiques. Qui se souvient alors qu’à cette date, Marseille aurait du être Capitale européenne de la culture ?

Comme une farce. Marseille2013.org est un site iconoclaste où se croisent rêveries et réflexions poétiques sur le thème de l’année Capitale. A coup de visuels percutants accompagnés de textes humoristiques, ou pamphlétaires ; une bande d’artistes, graphistes et journalistes, a créé cet espace de liberté dans lequel tout est possible. Comme un aperçu du joyeux foutoir que serait la ville si on la laissait aux créateurs de tous poils. Sur Marseille2013.org tout le monde peut publier ses créations, ses idées, ses fantasmes, contribuant à construire une Capitale européenne de la culture imaginaire.

L’association officielle Marseille-Provence 2013 reste pour l’instant plutôt bienveillante à leur égard :« Nous respectons leur positionnement critique. C’est normal, admissible et légitime, juge Michel Cerdan, directeur de la communication et des publics, avant de poursuivre. Le seul problème est le nom ‘’Marseille 2013’’, qui peut porter à confusion. Le public et de nombreux porteurs de projet pensent avoir affaire au site officiel ». Ce qui fait plutôt marrer Eric Pringels, fondateur de ce projet…

 

 

Vous avez créé le site de la Capitale européenne de la culture, Marseille2013.org, dès l’année 2004. A cette date, Marseille n’était pas encore candidate.

 En 2004, Lille était capitale européenne de la culture. Je bossais dans la com’, et j’avais alors participé à certains projets. En me baladant sur le site de Lille 2004, j’ai appris que c’est en 2013 qu’une ville française sera à nouveau capitale européenne de la culture. J’ai tout de suite su que cette ville serait Marseille.

 

En quoi cela vous paraissait-il évident ?

Pour le 13 ! Plus sérieusement, ça partait d’un raisonnement logique. J’avais vécu la transformation de Lille avant qu’elle devienne Capitale, et Marseille s’inscrivait dans la même dynamique. Avant même que la ville ne se porte candidate, j’ai donc déposé le nom de domaine et la marque Marseille 2013 et créé un site internet.

 

Vous avez donc pris en charge la communication d’une Capitale de la culture virtuelle…

L’idée, c’était d’initier un projet artistico-politique en m’appropriant les codes du marché (marque, noms de domaine), et en les utilisant pour promouvoir les artistes, les faire profiter de cet événement culturel au même titre que le monde économique. Je m’oppose en effet à l’utilisation mercantile de la culture. Et en tant qu’artiste, je crois avoir mon mot à dire.

J’ai cru à la movida marseillaise, comme tous les bobos du nord qui fraichement arrivés à Marseille voient en cette ville une sorte de nouvel el dorado. Or, je me suis heurté au pessimisme local, à cette forme de complexe d’infériorité… Personne ne croyait que Marseille serait Capitale de la culture en 2013. C’était impensable.

 

Pus tard, la Ville décide de se porter candidate, et une association officielle est créée dans ce but…

On a entamé des négociations avec eux en 2006. Ils ne voulaient pas nous aider à devenir un « off », mais ne souhaitaient pas non plus nous intégrer à Marseille-Provence 2013 ! Nous voulions faire en sorte que cet événement profite à un maximum d’artistes, labellisés ou non, en jouant le rôle d’une pépinière à projets.

 

A côté de la candidature officielle s’est donc constitué un projet de Capitale de la culture alternative, un « off » de Marseille 2013 en somme…

Nous avons crée le site Marseille2013.org dès 2004, ainsi qu’une association, M2K13, regroupant des artistes, graphistes, illustrateurs, journalistes… Nous, avions l’idée d’un « accident de capitale culturelle ». Je trouve que ça va bien à Marseille. Pas que la Capitale soit un échec, non… Mais plutôt que ça dérape, que ça échappe, que ça ne se passe pas comme ailleurs. Le site a fonctionné au ralenti durant 5 ans. Depuis 2008, il est plus régulièrement mis à jour. On y trouve notamment des « unes », montrant notre regard sur l’avancée du projet, mais aussi sur l’actualité culturelle de la ville.

 

Ces « unes » justement, sont souvent très critiques….

L’idée de base, c’est le 1 + 1 : une image et un texte, réalisés par deux personnes qui souvent, ne se sont jamais rencontrées, mais sont en relation grâce au web. On commence par une image crée par un artiste à partir de laquelle un journaliste ou un auteur rédige un texte. La ligne éditoriale, c’est d’être impertinent, mais seulement quand c’est pertinent. On trouve donc quelques coups de cœur… mais surtout des coups de gueule !

 

Comment le site est il perçu par le grand public ?

Nous sommes actuellement à près de 200 visites par jour. Ca marche mieux  depuis que la périodicité des articles est régulière. Mais je crois que le grand public passe parfois à côté. Nous restons malgré nous élitistes.

 

Une partie du site est réservée aux projets d’artistes. Ces projets sont-ils réels ou utopiques ?

La force du projet, c’est l’ambiguïté. Certaines personnes y croiront, d’autres pas. On est dans l’utopie. Une utopie réalisable dans notre monde d’artistes. Mais Marseille-Provence 2013 n’est-elle pas une utopie réalisable ? Prenez le projet « 100% Barges », consistant à installer une berge flottante sur la mer servant de scène pour différents spectacles. C’était le projet de fin d’année d’une étudiante en architecture. Aujourd’hui, même l’association officielle y croit. D’autres projets, comme la création d’une ville sur l’Ile du Frioul sont, eux, tout à fait utopiques…

 

Mais n’y a-t-il pas confusion entre les projets publiés sur votre site et l’appel à projet officiel de l’association Marseille-Provence 2013 ?

Pour déposer un projet officiel, il faut avoir une association et définir un budget détaillé, autant de limitations qui découragent de nombreux artistes. Nous, nous voulons leur offrir une première vitrine. Le meilleur exemple en est « 100 % Barges » ! Aujourd’hui, grâce aux retours positifs qui ont fait suite à la publication du projet sur notre site, Radlitza Kaperska, son auteur, a décidé de déposer une candidature officielle. Rien que si ce projet abouti, ça sera une victoire !

 

Aujourd’hui, quels sont vos rapports avec l’association officielle Marseille-Provence 2013 ?

Ils sont difficiles. Nous ne voulons pas nuire à l’événement, mais y participer. Nous nous considérons comme les représentants de la marge. Et ça nous plait de rester à la marge.

 

Finalement, vous êtes des usurpateurs ?

Oui… (il réfléchit). Enfin, je ne pense pas. Imaginez que des Martiens débarquent à Marseille en 2013 et qu’ils assistent à l’organisation d’une Capitale de la culture, mais sans artistes. Ils n’y comprendraient rien ! Or pour l’instant on a des politiques, des financiers, des industriels… Mais pas d’artistes ! Le rôle de la culture, c’est d’échapper au marché. Je pense donc que nous sommes dans la véritable utilisation du site internet d’une Capitale culturelle !

 

Vous vous autoproclamez donc représentants des artistes résidant sur le territoire de la Capitale de la culture…

Le problème, c’est que les artistes se tirent dans les pattes. Ils sont incapables de se fédérer. Nous n’avons pas de groupe de pression, nous ne pratiquons pas le lobbying. Actuellement, Marseille2013.org regroupe une cinquantaine d’artistes. Nous aimerions aller plus loin, nous structurer…

 

Comment faut-il comprendre la phrase mise en exergue sur le site : « Aujourd’hui peut-être, ou alors demain  » ?

C’est en référence à une chanson de Michel Sardou… dont je précise que je ne suis absolument pas fan ! Cette phrase, on peut la lire à la Marseillaise : « On verra demain » ; ou alors à la manière bruxelloise : « Faisons le aujourd’hui ». Elle évoque l’utopie. Elle peut être lue comme notre projet…

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