02 novembre 2009 ~ 0 Commentaire

Latarjet – Muselier : « Ensemble, nous savons régler les problèmes »

Latarjet – Muselier : « Ensemble, nous savons régler les problèmes »

Bernard Latarjet et Renaud Muselier évoquent leurs rôles respectifs dans la construction de la Capitale européenne de la culture.
Publié par Sandro Piscopo-Reguieg le 2 novembre 2009
Latarjet – Muselier : « Ensemble, nous savons régler les problèmes »
© Amélie Mauri

Il y a maintenant plus d’un an que Marseille a été désignée capitale européenne de la culture pour l’année 2013. Le temps pour Bernard Latarjet, directeur général de l’association Marseille Provence 2013 de définir les règles du jeu : modalités de dépôt, de sélection, de labellisation et de financement des projets ainsi que le calendrier de préparation du programme définitif. « Nous avons construit la cuisine, reste maintenant à préparer la fabrication des plats et les faire mijoter » explique Bernard Latarjet par cette savoureuse métaphore culinaire invitant les acteurs culturels du territoire à soumettre leurs projets, ceux qui constitueront le programme des manifestations de l’année 2013. Pendant ce temps, Jean-Claude Gaudin annonçait en octobre 2008 la création d’une « délégation spéciale de fonctions en ce qui concerne la préparation de la ville de Marseille pour devenir capitale européenne de la culture en 2013 ».  Une délégation attribuée à Renaud Muselier, chargé notamment de développer et d’améliorer le fonctionnement des infrastructures d’une ville qui devra rapidement revêtir ses habits de capitale. Les rôles sont donc clairement définis : A Bernard Latarjet, la prise en charge des projets culturels, à Renaud Muselier celle de l’aménagement urbain. A l’un le contenu, à l’autre le contenant. Des rôles complémentaires pour deux hommes déterminés à construire une capitale.

 

Pouvez-vous nous rappeler vos champs d’action respectifs ?

Renaud Muselier : J’ai une délégation spéciale du maire de Marseille pour faire en sorte que la ville soit prête en 2013. Cela passe par la gestion d’une bonne gouvernance, la mise en œuvre de grands chantiers,  la mise en mouvement de la ville… Le tout dans le cadre d’une adhésion populaire et d’un dialogue permanent avec l’association. Parce que la construction du contenant doit être en adéquation avec celle du contenu.

Bernard Latarjet : Je confirme. Je suis en charge du contenu de Marseille Provence 2013. Pour que celui-ci se réalise, les visiteurs doivent pouvoir trouver des hôtels,  des infrastructures de qualité… C’est la partie de Renaud. Il ne suffit pas d’avoir un bon programme !

RM : Si on vise les 10 Millions de visiteurs, ça fait 30 000 personnes par jour ! La ville doit pouvoir accueillir tout ce monde.

 

Marseille en serait incapable aujourd’hui ?

RM : Il y a encore du travail ! Mais le tramway est déjà un outil de déplacement parfaitement opérationnel.

 

De quelle manière coordonnez-vous votre action ?

RM : Nous nous voyons très régulièrement.

BL : Nos collaborateurs font un point chaque semaine. Renaud et moi nous rencontrons à peu près une fois par mois. Quand c’est nécessaire.

RM : Nous voulons réussir l’opération ! Dès que nous sentons une aspérité, on se passe un coup de fil. C’est un bonheur pour moi que de connaître Bernard Latarjet. Ensemble, nous savons régler les problèmes quand ceux-ci se présentent.

 

Quelles sont vos priorités pour l’année 2010 ?

BL : La mienne est simple : Nous avons 6 mois pour bâtir une première maquette avec l’ensemble des projets pour 2013. Ensuite, nous procéderons à la validation, la labellisation et la production de ces projets. Nous commencerons par le plus difficile : les grands évènements populaires qui ponctueront l’année 2013, mais aussi les grandes expositions et un certain nombre de projets structurants comme ce nouveau festival dédié à l’art dans l’espace public.

RM : Pour moi, il s’agit déjà de sensibiliser les élus du territoire afin que nous puissions participer collectivement à cet événement. Je dois aussi veiller à la mise en perspective du territoire et cela passe par les grands chantiers comme le Mucem, le Silo, le Grand Longchamp, la Friche…

 

Quelles ont été vos premières réalisations concrètes ?

RM : Prenez le Château Borely. Il ne servait plus. Nous le rénovons et le mettons à disposition de Marseille Provence 2013. Mais au-delà de ça, nous rendons le Château Borely aux Marseillais dans un cadre qui dépasse 2013 ! Tout comme le fortin de Corbières. Nous allons faire renaître ce bâtiment abandonné où sont pourtant passés les plus grands maîtres : Picasso, Cézanne, Braque… Nous avons investi des moyens importants dans le cadre d’un partenariat public – privé afin qu’il soit transformé en musée sous l’égide de la fondation Monticelli. Aussi grâce à la mobilisation de la chambre des artisans, nous avons pu former les chauffeurs de taxis à l’anglais… Autant d’exemples qui démontrent l’importance de la participation de tous les acteurs du territoire ainsi que la volonté de la Mairie de valoriser son patrimoine.

 

Il s’agit donc là d’un « développement culturel durable »…

BL : Le succès de Marseille Provence 2013 se mesurera à ce qui se poursuivra, se maintiendra en 2014, 2015, 2016, et au-delà… C’est fait pour ça les capitales européennes de la culture ! Ce n’est pas un feu de paille. L’important, c’est l’après capitale.

RM : De la même manière, nous travaillons sur l’organisation muséale. Une étude récente a démontré que nous avons le plus grand musée du monde mais réparti sur 14 sites !

 

Voulez-vous dire qu’il y a trop de musées à Marseille ?

RM : Non. Mais je regarde l’investissement, la fréquentation et à partir de là, nous réfléchissons. Sur la culture durable, je rejoins Bernard. Il faut se servir d’expériences comme Lille 2004, qui a bien marché grâce à des outils exceptionnels. Le développement de la ville passe par la culture.

 

Avez-vous un modèle pour Marseille, incarné par une grande métropole pouvant servir d’exemple au développement de la ville ?

RM : Rien n’est comparable, mais tout peut servir d’exemple. Je suis un passionné des friches. J’en ai vu à Liverpool, Baltimore, Philadelphie… des villes qui ont su modifier leur trafic. A Marseille, nous avons les Docks, le Silo… des lieux magiques ! Ils ont une âme, une densité, une histoire…

 

L’un des axes forts de l’année capitale, c’est parvenir à intégrer l’art à l’espace public. De quelle manière ?

BL : L’art dans l’espace public, ce n’est pas seulement des sculptures sur des places. C’est aussi des spectacles, des concerts, des interventions…  L’idée, c’est de parvenir à requalifier l’espace public par l’art mais aussi aider l’art à sortir des murs. Ce qui peut contribuer à renouveler l’inspiration des artistes en les confrontant à de nouvelles problématiques. Le lieu de recueillement imaginé par Michelangelo Pistoletto à  l’institut Paoli-Calmettes est à ce titre un bon exemple.

 

On remarque actuellement un mélange d’enthousiasme et de scepticisme dans la population, notamment chez les artistes qui ont parfois le sentiment d’être délaissés au profit des mondes économique et politique…

BL : Ce mélange de scepticisme et d’enthousiasme, on le rencontre partout, dans toutes les capitales de la culture. A propos des artistes « délaissés », nous avons déjà reçu 600 projets. Ils ne seront certes pas tous retenus… Mais nous voulons aider les artistes, travailler avec eux. Les auteurs du projet de candidature, ce sont les acteurs du territoire. Nous avions constitué des groupes de travail dans lesquels se trouvaient des artistes et c’est de là que ce projet est sorti. Je n’ai fait que le mettre en forme. Ce n’est jamais facile de faire une capitale. Il faudra faire une sélection… Il y aura aussi des artistes invités qui ne font pas partie du territoire.

RM : C’est un peu grâce au monde politique que nous avons gagné ! La Ville a bâti un projet avec ses acteurs, elle s’est élargie, elle a fédéré… Ce sont les politiques qui ont porté le projet. Nous avons concouru et battu de gros compétiteurs. Et la CCI n’est pas non plus étrangère à notre succès. A Lille, le monde économique a beaucoup aidé. Nous avons besoin du mécénat, de l’entreprise, pour aider à financer les projets. En additionnant tout cela, nous nous inscrivons encore une fois dans une perspective collective.

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