01 février 2009 ~ 0 Commentaire

Bernard Latarjet : « Concilier ambition artistique et mobilisation populaire »

Il a piloté avec succès la candidature de Marseille au label de Capitale européenne de la culture en 2013.  Bernard Latarjet, directeur général de Marseille-Provence 2013, s’attelle maintenant à l’élaboration du programme de l’année Capitale, en même temps qu’il s’efforce de mobiliser les forces vives du territoire. Il nous fait part de ses ambitions.

Publié par Sandro Piscopo-Reguieg le 1 février 2009
Bernard Latarjet : « Concilier ambition artistique et mobilisation populaire »

Connaissiez-vous la cité phocéenne avant de relever le challenge Marseille 2013 ?

Je connaissais Marseille comme tous les Français. Je n’y avais jamais vécu ! Toutefois, j’ai toujours eu une très belle image de cette ville, de par son Histoire, sa géographie… C’est la plus ancienne ville de France, ainsi que l’un des plus beaux sites que l’on connaisse. J’en avais donc une image attirante et positive.

 

Avez-vous estimé que faire de Marseille la capitale européenne de la culture en 2013 serait une tache difficile ?

En effet. Mais c’est le cas pour toutes les capitales de la culture ! Il faut associer de très nombreux partenaires dans des domaines divers, concevoir un très grand nombre de manifestations culturelles… Mais je ne pense pas que nous partions de plus loin que d’autres. La situation de Marseille était certes singulière. C’est dû à son histoire. Il y avait ici un certain nombre de handicaps et de difficultés liés à des problèmes économiques et sociaux. Mais aussi des potentialités très fortes. La preuve, on a été retenus !

 

Tout le monde s’accorde pour dire que cette victoire est en grande partie due à votre action…

Ce n’est pas à moi d’en juger. La vraie performance fut de rassembler les acteurs économiques, culturels, politiques, et associatifs. C’est à ça que les membres du jury ont été sensibles. C’est une victoire du collectif.

 

Vous avez quand même été désigné « Provençal de l’année 2008″ par les lecteurs de La Provence !

Ce n’est pas moi qui ai été distingué. Je ne suis pas une star à Marseille ! Les lecteurs de la Provence ont voulu plébisciter la réussite d’un projet et non une personne en particulier. C’est très réconfortant, et cela montre que les marseillais sont sensibles à ce titre de capitale européenne de la culture, contrairement à ce que l’on dit.

 

« L’union sacrée » des élus de droite et de gauche autour de la candidature a été l’une des clés du succès de Marseille – Provence 2013. Vous nous confirmez que cette unité est toujours d’actualité ?

Tout à fait. Pour preuve, le dernier conseil d’administration de l’association qui s’est tenu le 29 janvier et qui a rassemblé membres du conseil et élus a pris ses décisions à l’unanimité. Il s’agissait notamment de déterminer les règles du jeu pour le choix des projets définitifs qui feront Marseille – Provence 2013. Une décision pour le moins importante ! L’union sacrée est donc plus que jamais d’actualité.

 

Mais Marseille n’est pas encore juridiquement capitale ! En mai 2009 le Conseil de l’Union européenne devra valider officiellement ce choix. Une catastrophe est-elle envisageable d’ici là ?

Sincèrement je ne crois pas ! J’ai toutes les raisons de penser que le Conseil validera la décision. En même temps, un comité de suivi européen nous accompagne pour vérifier que le travail avance bien en concordance avec le projet. Nous ne sommes en effet pas libres de faire n’importe quoi sous prétexte qu’on a obtenu le label !

 

Pouvez-vous nous expliquer le rôle exact de Renaud Muselier, qui a été désigné Délégué spécial pour la préparation de Marseille – Provence 2013 ?

C’est une mission de coordination de l’ensemble des services de la ville de Marseille pour qu’ils puissent être en ordre de marche pour l’année capitale. Les services culturels, mais aussi ceux liés à l’urbanisme, la sécurité, l’environnement… il faut que ceux-ci soient bien coordonnés pour que Marseille puisse accueillir public et événements. Pour ce faire, Renaud Muselier a donc autorité par délégation du Maire. C’est une fonction indispensable car il faut que tout soit prêt !

 

Certains s’inquiètent déjà des problèmes liés aux transports, à la propreté, aux infrastructures… et 4 ans, ça passe vite !

C’est le rôle de Renaud Muselier d’y remédier, en liaison avec les autres collectivités territoriales. Ville, département, région, communauté urbaine doivent travailler ensemble pour améliorer les infrastructures et les conditions d’accueil. C’est la clé du succès.

 

Selon vous, Marseille peut avoir un rôle important dans l’espace méditerranéen. L’ambition est d’en faire une « plate-forme d’échange et de coopération entre les deux rives de la Méditerranée » afin de lutter contre les périls identitaires. Mais Marseille n’est -elle pas dépassée par la dimension géopolitique de sa candidature ?

Il ne s’agit pas seulement de lutter contre les périls identitaires, mais aussi et surtout promouvoir les collaborations artistiques entre pays méditerranéens. Ce n’est pas Marseille – Provence qui réglera seule tous les problèmes ! Mais elle peut jouer un rôle important à travers 2013.

 

Marseille – Provence 2013 sera donc la capitale « euro-méditerranéenne » de la culture ?

Absolument !

 

Selon vous, qu’est ce qui explique que le potentiel culturel de Marseille soit aussi sous-estimé ?

Deux raisons essentielles expliquent cela : premièrement, il manque à Marseille quelques manifestations internationales qui positionnent et identifient clairement Marseille dans l’ensemble des métropoles culturelles européennes. Le second problème est que Marseille ne communique pas assez bien sur ce qu’elle fait de mieux. Pour 2013, un effort de promotion internationale de la ville mérite d’être fait… et il sera fait !

 

On a aussi l’impression que les Marseillais eux-mêmes dénigrent le potentiel de leur ville…

La dévalorisation et l’autocritique constituent un trait des cultures méditerranéennes. Chercher à faire mieux a toutefois beaucoup d’aspects positifs ! La vertu de Marseille – Provence 2013 est justement de valoriser tout ce qu’il s’y fait de bien. Par exemple, on rencontre à Marseille une richesse, une diversité, une qualité du tissu associatif comme c’est rarement le cas en France. Et cela est mal connu, à l’intérieur, comme à l’extérieur de la ville. En 2013, il s’agira de mettre en lumière cette force.

 

Parmi les précédentes capitales de la culture, lesquelles constituent un exemple à suivre pour Marseille – Provence 2013 ?

Toutes les capitales sont un exemple, par leurs réussites, mais aussi leurs faiblesses. Elles sont toutes différentes. Il y a des choses à prendre et à utiliser chez chacune d’elles. La réussite de Lille a été probante dans le domaine de la mobilisation populaire ; quant à Liverpool, son succès est lié aux efforts de rénovation urbaine pour 2008 qui ont transformé la ville de manière durable. Enfin, Luxembourg fut exemplaire dans sa manière d’associer un grand nombre de collectivités territoriales sur un espace géographique important. Il y a donc des leçons à tirer de toutes ces capitales.

 

Et inversement, quels sont les principaux écueils à éviter ?

Il y a des faiblesses très instructives pour nous. Par exemple, dans le domaine de la création artistique, les capitales n’ont pas toujours réussi leur programme de commandes destinées à l’espace public. Il y a beaucoup de critiques, et donc là aussi, des leçons à tirer.

 

Quelles sont les priorités pour l’année 2009 ?

La première est réglée. C’est la mise en place des règles du jeu : comment les projets seront étudiés, sélectionnés, labellisés, financés. Nous l’avons dit, la mécanique de préparation du futur programme des manifestations de l’année 2013 a été votée à l’unanimité lors du conseil d’administration du 29 janvier. Maintenant, il faut travailler sur le contenu des projets, mettre en chantier les plus importants, les plus structurants. Nous avons fixé l’échéance à fin 2010 pour l’élaboration du programme définitif. 2011 et 2012 seront des années de production, de réalisation, et de promotion.

 

Vous êtes donc actuellement en train d’élaborer le programme définitif de l’année 2013. Qui peut déposer un projet ?

Tout le monde ! A condition de se constituer en personne morale : association, école ou individu s’appuyant sur une structure collective. On ne peut en effet pas financer quelqu’un à titre individuel. Un document expliquant les modalités de dépôt de projets est disponible sur le site www.marseille-provence2013.fr.

 

Que faire pour réduire la « fracture culturelle » et favoriser l’accès de tous les publics à la culture ?

C’est l’enjeu principal de toutes les capitales de la culture : concilier une ambition artistique internationale avec une vraie mobilisation populaire. Il faut associer le plus grand nombre possible de citoyens, issus de toutes les couches de la société. Le projet répartit de manière égale les programmes artistiques de haut niveau et les ateliers participatifs organisés par des associations, des entreprises, des écoles, qui font travailler activement leurs publics sur ces projets. Seront ainsi crées des ateliers d’écriture, de théâtre, de photo… Toutes les disciplines seront représentées en liaison avec les thèmes du programme. Et ces travaux seront présentés lors de l’année capitale. En même temps, les événements populaires que nous organiserons devront avoir une qualité exceptionnelle. Il ne faut pas se contenter de grands bals ou de feux d’artifices ! Les rassemblements populaires devront être orchestrés par de grands artistes : la cérémonie d’ouverture des J.O de Pékin n’a t-elle pas été conçue et dirigée par le plus grand cinéaste chinois du moment ?

 

Conjuguer popularité et excellence, un vrai travail d’équilibriste !

En effet ! Prenez l’exposition Cézanne 2006 à Aix-en-Provence. On ne s’est pas contenté de faire une exposition exceptionnelle. On a aussi organisé un ensemble de manifestations destinées à tous les publics, surtout ceux qui ne connaissent pas Cézanne ! Des ateliers, des parcours, des commandes artistiques, ont constitué une constellation d’activités autour de l’événement principal et ont permis d’y associer un large public qui ne serait jamais venu spontanément à l’exposition.

 

En 2013, Marseille sera-t-elle prête ?

Je suis optimiste !  Si je n’y croyais pas, je ne serais pas là. Regardez les villes organisatrices des JO : Athènes, hier, Londres aujourd’hui… on craint toujours des retards, et finalement, tout se passe bien. En 2013, Marseille sera prête.

S’il n’y en avait qu’une…

 

Choisissez une seule œuvre, celle qui vous tienne le plus à cœur dans chacune des cinq disciplines artistiques suivantes.

 

Musique :

« Les derniers quatuors de Beethoven. »

 

Cinéma :

« A travers le miroir, de Bergman. »

 

Littérature :

« L’état des lieux, de Richard Ford. »

 

Arts plastiques :

« La Duchesse d’Albe, de Goya. »

 

Architecture :

« Le MUCEM de Rudy Ricciotti ! »

Laisser un commentaire

Vous devez être Identifiez-vous poster un commentaire.

Cietableronde |
Leblogdesvampires |
Limaginairedecharlotte |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Après l'histoire ...
| Lesyndromeabascule
| Association culturelle Truc...